Arrivée à l’aéroport, le sourire et peu de fatigue, je souffle, je fonce, je tombe ?! Et non, merci Pierre pour ton accueil, et le pied à l’étrier si confortable !
Tananarive : la ville est aussi difficile à appréhender que son nom à prononcer !
Plus de taxis brousse pour descendre dans le sud du territoire malgache, je suis bloqué au bord de la piste, et c’est bien sur le seul mode de transport pour de telles distances, sauf gros budget !
Alors c’est décidé j’attendrai demain le départ est fixé à 6 heure du mat’…. Je trouve un petit « hotely boui boui », pas trop cher, ou l’accueil est adorable…
Matin difficile, raté le réveil et course jusqu’à la station de départ, Ouf je suis assise… Au milieu de 17 malgaches, 5 ou 6 poules, et quelques autres animaux de tailles et odeurs diverses !!
Ah non, pardon, le 17ème malgache n’en est pas un : c’est un sri lankais élevé à Los Angeles, et travaillant à Londres ! Pas commun par ici ! Les présentations sont faites, Dominique parle parfaitement bien le français, et les 18 heures de route qui nous attendent nous permettent d’atteindre un niveau d’intimité rare même avec beaucoup d’amis connus depuis de longues années….
Le sud de Madagascar est en ce moment victime de grandes vagues de violence…. Des attaques répétées et armées menacent chaque déplacement, et la tension dans notre petite embarcation monte au fil des kilomètres…
La route N7 est superbe et traverse tout le territoire, les paysages se succèdent, les plateaux d’altitudes, humides et frais, les « déserts » sec et chaud, les forets luxuriantes…. Un spectacle incroyable…. 17h30, la nuit tombe et il nous reste la moitié du chemin à faire encore….
Impossible de dormir, la piste accidentée, les secousses, le manque de place et l’excitation en sont les principales raisons !
A 1 heure environ de mon lieu d’arrivée, un poste de police nous arrête pour nous signaler des attaques de taxis brousse. On nous conseille donc d’attendre « un peu » d’autres véhicules pour nous regrouper et former une caravane, sensée dissuader les bandits ! Ma parfaite maîtrise de la langue malgache me permet bien sur, de tout comprendre aux enjeux de la situation… Alors : attente, attente, attente, attente, fatigue et faim !
Enfin on repart, on est 6 ou 7 véhicules de toutes tailles, plus ou moins remplis, plus ou moins en bon état !
Et c’est arrivée : 20 minutes plus tard, nous sommes pris en chasse par deux énormes 4X4 (c’est définitivement sûr, je déteste les conducteurs de 4X4 !) remplis d’hommes armés et visiblement pas très « urbains »…. Je vous raconte pas le stress, me précipite pour attraper mes papiers et argent et tout cacher dans mes sous vêtements, mes compagnons d’infortunes font de même…. Une valse commence entre nos agresseurs et nous sur une piste défoncée, à toute vitesse et par nuit noire…. ne sais pas par quel miracle notre chauffeur (que je prie encore aujourd’hui) à pu les semer, les autres véhicules ayant été assiégés… J’ai appris plus tard qu’ils avaient été dépouillés et sérieusement endommagés… Arrivée à Tuléar à 2 heures du matin, je rentre dans le premier hôtel. Ouf, une chambre libre…. Je me ferai « attaquer » à plusieurs reprises pendant mon séjour…. Je vous épargne plus les détails, la première fois étant toujours la meilleure !
Je suis dans ce pays depuis 24 heures, Bienvenue !!! Vous me suivez… !?
Au petit matin… La vie commence tôt ici, et je le comprends vite, Dom me rejoint pour un petit déjeuner frugal en terrasse histoire de « prendre la température du coin »…
Et puis direction le cinéma tropic, siège de l’ONG Bel Avenir pour qui je dois travailler…
Rencontre avec… Personne ! Qui je suis, d’où je viens… visiblement je ne suis pas attendue, ou ils ne sont pas organisé… Il s’avère que c’est un peu des deux !
José Luis, qui doit m’accueillir, s’est absenté dans le nord du pays pour une semaine et d’ici là, personne ne sait quoi me faire faire ! Après plusieurs heures d’attente, (et oui j’attends beaucoup ici, et ce n’est que le début !) je décide que cela suffit : je préviens je ne sais pas qui que je m’absente, et que je serais de retour dans une semaine pour l’arrivée de José Luis.
Le guide du routard m’indique un coin sympa et pas très loin pour démarrer mes vacances « forcées »…. Dominique décide finalement de changer ses plans, et de m’accompagner sur ma petite pirogue jusqu’à la plage de Anakoé, seulement accessible par la mer… Nous arrivons ensemble après 1 heure de bateau dans un paradis…. Un village de pêcheur tout petit se dessine sur la cote, entouré des dunes à pertes de vue…. Le rêve ! Nous trouvons des bungalows vides auprès d’un jeune rasta, et nous nous installons pour… le farniente !
Petit à petit nous découvrons la vie douce qui se promet à nous, nous trouvons une cantine sur la plage qui deviendra notre repère… Quelques sorties en mer, bleu lagon, chaude et douce pour rejoindre les îlots alentours et improviser un bivouac…. Nous dansons avec des amis malgaches rencontrés sur la plage au bal poussière organisé pour la mort du maire du village….
Bientôt Dom doit repartir, et je rencontre aussitôt deux globe trotter, David et Julien, à la recherche d’un compère près à partager un véhicule pour se lancer sur les pistes du sud, et visiter les autres coins perdus de cette région. Nous voila parti avec un jeune guide malgache, mais vite ensablé et mort de rire… attente…. Plus l’eau manquait, plus la motivation à pousser notre véhicule grandissait ! C’est l’aventure dans le sud sauvage, et c’est superbe !
Je quitte l’équipe grâce à des pécheurs qui proposent de me ramener jusqu’au port de Tuléar en pirogue à Voile… OUAHHH ! J’arrive le jour voulu, trempée, salée, affamée et sale comme jamais devant l’ONG pour mon rendez vous, et l’accueil y est chaleureux !
José Louis me propose de partir le lendemain pour Manguily, un village sur la cote à 30 Kms au Nord de la ville, ou je découvrirai ma « mission » !
Manguily est un village de pêcheurs assez « développé », ou l’ONG organise des colonies de vacances pour les enfants de tout le pays. Un chantier est en cours pour réaliser un nouveau centre et un « village d’accueil pour un tourisme solidaire », c’est la que j’interviens. A ma grande surprise je vais superviser le chantier pour la réalisation des bungalows et réaliser les plans de l’espace commun de ce lieu. L’équipe est petite mais vraiment fantastique, et mon nouveau statut de « volontaire au sein de l’ONG » m’ouvre toutes les portes… particulièrement celles des bars à la mode au village ! Sophie, Vincent, Camille et Louva me servent de guide dans les méandres des ruelles ensablées de la ville que je connaitrai rapidement par cœur…
La vie s’organise entre soirée festives et journées bien remplies…. Le cadre est superbe, mais parfois un peu difficile, il n’y a ni eau, ni électricité… Alors pour le reste ! Impossible de faire quoi que ce soit à manger, rien ne se conserve et nous n’avons qu’un petit réchaud pour notre café du matin… Si bien que je teste tous les « hotely » (restos malgaches) de la ville ! Je me fais un peu connaître et j’apprends aussi à connaître chacun…
Chaque matin, un rituel se met en place, allez chercher l’eau dans le puit au fond du terrain et remplir notre réserve journalière dans un gros bidon bleu, le soleil chauffe si bien qu’à partir de 9h cette même eau est devenue très chaude !
La douche quotidienne est un vrai moment de luxe ici, nous sommes constamment couvert de sable, et nous vivons au rythme des vents, très forts ! Trois jours de vents violents alternes avec trois jours de calme plat, pourtant en 1 mois pas un nuage dans ce ciel si bleu !
La nuit tombe vite, mais la lune éclaire presque comme en plein jour, et je me fais bien à la vie à la bougie…. Et les moustiques ne me dérangent plus !
La rumeur de l’arrivée d’une « archi » à Manguily se répand comme une traînée de poudre, et rapidement tous les vahsas (les blancs…) des environs viennent me rendre visite et me demander un petit coup de main. Je commence à « troquer » une heure de travail par ci, par là, contre une ballade en quad dans la foret de Baobab, ou une promenade à cheval sur la plage. Les hôtels et restaurants environnants ont principalement des problèmes liés à la montée des eaux, qui menacent les bungalows en bord de plage… Je ne peux dans ce cas pas conseiller grand chose, mais parfois on me demande un avis pour quelques aménagements intérieurs de salle de réception, ou comment marquer l’entrée d’un terrain et le rendre attractif auprès des touristes… Des demandes plutôt sympas, et toujours des rencontres intéressantes, qui me ballade et me font voir encore un peu plus du pays !
Après quelques jours de vie sur le chantier, j’ai besoin de faire une pause et je pars à Tuléar pour mon seul jour de congé, le dimanche…. Incroyable : de l’eau au robinet, des boutiques avec des fournitures de base, café, sucre, PQ… ! Je fais le plein avant de repartir le soir même en taxi brousse vers Manguily. La distance à beau être courte, il faut compter deux à trois heures de trajet, si il n’y a pas de problème majeur (crevaison, panne, charrette à zébus renversé sur la piste ensablée….)
Vivre sur le chantier n’est pas de tout repos, puisque même quand je suis dans mon bureau (c'est-à-dire une case de vondro sur le bord du terrain), les ouvriers me sollicitent constamment de 6h à 20h, alors que ma journée de travail doit en théorie se repartir de 7h à 17h avec deux heures de pause ! Et oui même ici je trouve le moyen de faire des heures sup’ !!! Mais mes fonctions y sont encore plus variées, je soigne les bobos, les aide pour quelques taches administratives, ou tente de discuter avec les femmes, qui ne comprennent pas un mot de français ! Vive le langage des signes !!!
Un soir je suis invité à manger par les gardiens, Blandine prépare un fabuleux poulet sauce, avec une poule que le livreur de pierre m’a apporté le matin même ! Un vrai régal, et le rhum coule à flot, si bien que je fini enfin par voir quelques étoiles filantes !
J’ai besoin de trouver un autre rythme, celui-ci me fatigant vraiment trop. Je décide de prendre une case sur la plage, au « mora mora » hôtel.
« Mora mora » signifie en malgache « tranquillement, doucement, ou à son rythme » parfaitement ce qu’il me faut !
Mais pas de méprise, toujours pas d’eau et le groupe électrogène ne fonctionne qu’une heure par jour, le temps de prendre une petite douche au sot !
Le cadre est superbe la aussi, les pieds dans l’eau, et je compte bien en profiter, baignade matin, midi et soir quand la marée le permet !
Je rencontre aussi de nouvelle tête, vahsa bien sur… mais aussi quelques malgaches autour de parties de cartes ou de dominos… je suis nulle d’ailleurs !
Le cuisinier du « mora mora » fait lui-même son pain, il faut savoir que le pain est ici extrêmement rare, alors le bon pain, n’en parlons pas ! Et bien là j’ai tous les matins une belle baguette tartinée de beurre et de confiture de poc-poc dans les mains que je déguste sur le chemin du chantier situé à l’autre bout du village !
La vie ici devient douce, je passe dès que je peux à la bibliothèque malgache échanger quelques livres et faire la lecture aux enfants du quartier…
L’ONG accueille cette dernière semaine une colonie de vacances, j’assiste donc l’équipe d’animateurs malgaches à la préparation des activités, je n’ai pas beaucoup de temps libre, et je suis un peu « charrette » pour mon projet, alors je ne fais presque que regarder et rigoler…. Les enfants arrivent ! C’est extraordinaire, ils sont plus de 50 et tous surexcités. Pourtant incroyablement disciplinés, ils obéissent au doigt et à l’œil !
On se maquille, on joue aux indiens, on organise des « cours » d’hygiène, et on se prépare pour la grande soirée de la nuit de la peur ! Où tout le monde a peur, sauf moi puisque le conte est intégralement raconté en malgache !!!
Je repars dans quelques jours maintenant. J’ai finalement choisi de remonter sur Tananarive par avion, afin de rester un maximum de temps dans le sud avec ces nouveaux amis…. Une fois à Tana, Sophie vient me chercher pour ma dernière journée à Mada, nous irons flâner dans les quartiers populaires de la ville en compagnie de ses amis malgaches qui nous hébergent le soir… Sauf que je suis malade comme un chien, la fête de départ de la veille s’est transformée en un marathon WC-Bar !!! Il fallait bien que cela arrive au moins une fois pendant mon séjour !
Je quitte ce pays le cœur gros…. Les rencontres y ont été fantastiques, et tellement fortes, à me faire oublier les rares moments un peu difficile…
On m’avait dit de ne pas commencer par Mada, puisque je ne voudrais plus en partir. C’est vrai, je ne souhaite plus en partir, c’est trop court et ça me déchire… Je crois, non je suis sure que je reviendrai à présent ! Il y a tant à voir, à faire encore ici, puisque au final je n’ai découvert que le sud d’un pays grand comme 3 ou 4 fois la France !
Mon petit bilan : les malgaches sont très accueillants, et aussi très moqueurs, il faut avoir le sens de l’humour ici ! Je n’ai pas perdu un kilo (l’exception confirme donc la règle selon laquelle « tout le monde maigri beaucoup à Mada » !), j’ai perdu mon bronzage (et oui trop de travail !), la vie peut être simple et vraiment confortable si peu que l’on ne soit pas trop douillet !
C’est une belle leçon de vie, un endroit où il n’y a rien, mais où l’on trouve tout, où la moindre consommation pause la question du traitement des déchets (que l’on fait ici de manière individuelle par petit feu au fond du terrain), le soleil est fort et les journées courtes… et l’on y va « mora mora »…
Je crois que je me sens bien ici, un peu chez moi même parfois
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