Chronique d'une journee ordinaire

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Inde - Pondicherry
de claire, le 05-12-2007

Chronique d'une journee ordinaire

Aujourd’hui c’est mercredi … Demain, c’est l’anniversaire de Nico, Aubert et moi lui offrons un tapis tissé main en feuilles de bananier.
Ai commandé le tapis dans une shop de Pondichéry vendredi dernier. Devant être initialement terminé lundi, j’ai toutes mes chances de le trouver fini aujourd’hui !!!
M’apprête donc à prendre la route pour réceptionner le dit objet. Le pays étant ce qu’il est, je compte une journée complète pour mener ma mission à son terme.
Première étape, je chevauche ma moto. Croisant les doigts pour que l’essence mis la veille n’est pas été siphonné dans la nuit… Je déploie mon « kick », m’épuise et m’acharne de tout mon poids dessus, et une fois ma jambe droite proche d’une mort certaine, parvient miraculeusement à lancer le moteur de mon bolide …
Je sors du jardin et entame mon avancée sur les chemins boueux et accidentés « post mousson » du quartier. Manque de perdre le contrôle trois fois, de m’embourber ou de tomber à plusieurs reprises avant de rejoindre enfin la « AC ROAD » la route goudronnée qui me mènera au bout de 10kms à l’entrée de Pondi.

C’est là que l’aventure commence… 10kms où la route se partage entre les camions, bus, voitures, taxis, touc-touc de toutes dimensions et contenances, motos, mobylettes, vélos, piétons, vaches, chèvres et chiens, circulant chacun a leur rythme bien sur, mais surtout dans des directions diamétralement opposées. Le plus difficile est sans aucun doute de faire abstraction des règles de conduites acquises en Europe ! Ici, pas de clignotant, une conduite essentiellement régit par le klaxonne, et sans aucune priorité sinon celle du plus fort et du plus rapide ! Je ne suis pas mauvaise à ce petit jeu, je slalome entre les obstacles, les yeux se baladant tour à tour à l’avant à l’arrière… Pile pour éviter une chèvre puis ré accélère pour ne pas me faire sortir du flot de la circulation par un camion, qui a visiblement décidé de me priver de mon tympan droit…
Quand au loin, j’aperçois un nuage noir et menaçant s’avançant dans ma direction. Pas le temps d’hésiter, me range sur le bas coté, enfile, casquette, lunettes, et « rain caot », resserre toutes les brides afin de rendre hermétique ma tenue et me réinsère sur la route dans un concert de klaxonne : je m’élance tel un cosmonaute sur sa fusée !!

J’atteins Pondi, trempée, boueuse mais vivante !
Reste à trouver le shop… Celui-ci situé dans le quartier indien de la ville, il se perd dans les méandres et labyrinthes des ruelles noires de monde. Il est pourtant 14h, l’heure de la sieste. J’ai appris à profiter de cette accalmie quotidienne pour effectuer mes déplacements, mais cela ne suffit pas toujours à simplifier les choses… Ouf, je trouve une place de stationnement dans le quartier… Je descends de moto pour déplacer deux vélos et insérer mon véhicule dans cet alignement de deux roues faussement organisé. L’aventure continue, à pied jusqu’à la boutique pour réceptionner mon tapis…
La boutique, dont la taille doit correspondre au montant des bacshichs versés par les propriétaires, se prolonge sur l’asphalte sous une bâche translucide, tendue avec le concours aimable d’une enseigne au néon démesuré qui annonce entre autres en solides lettres blanches sur fond bleu : « KORAI MAT & BED MART »
Le territoire ainsi conquis sur le trottoir abrite une série de matelas qui visiblement a un gros succès ! Personne ne s’impatiente et le patron aux belles moustaches et aux pieds nus se démultiplie de part et d’autre en enjambant tout un fourbi, dont des sacs de plastique gonflés (de commissions confiés par un client parti faire de la monnaie) et un tabouret oisif, qu’il me tend dans un grand sourire pour m’accueillir et me signaler adroitement l’attente qui s’annonce.

Après quelques minutes, que je n’ose prendre en compte dans ce récit d’un défilé et d’une animation incessante, mon tour arrive. Belles moustaches se recoiffe, se faufile à coté de moi grâce a quelques connaissances de yoga, et déploie d’un geste sûr et fier le tapis en attendant que je vérifie, contrôle attentivement la qualité du travail commandé. Echange d’un hochement, non, d’un dodelinement de tête, rituel indien indispensable qui indique que j’accepte l’œuvre et reconnaît le talent de l’artiste ! Vient donc le moment de la « bill » ! Comme pour me signifier que je ne suis pas encore parti, belles moustaches envoie un de ses soufifres me chercher un massala tea. Ayant au préalable négocié le prix à la commande, je n’ai pas à insister longtemps pour que la facture y corresponde. Le tiroir caisse contient un série de godets en terre cuite où les différents piécettes sont judicieusement triées pour gagner du temps ( ?!) Les billets nettement moins utilisés sont dispersés en vrac à coté. L’argent ça s’organise, peu importe que le coffre fort étriqué coulisse de biais et coince à chaque fois qu’il est ouvert, et qu’il vienne à chaque fois taper les tibias de l’étrangère trop bien nourri qui prend des crampes sur son trône en attendant sa monnaie. Je suis une pauvre primitive, inadaptée à la simplicité des sages, ne sachant pas s’asseoir saintement, comme il convient sans tenir une telle place !
C’est ainsi : je recompte ma monnaie, remercie (thank you too) et quitte les lieux en nouant le tapis en travers de mon dos, afin de… le rapporter à bon port !
Route du retour, cf. paragraphe 2 !!!


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